Par la numérisation et la compression, mon réseau traditionnellement affecté à un type de transmission, gère indifféremment voix, données, images. C'est le cas du réseau téléphonique public, qui grâce à la technologie DSL, fait transiter des données Internet, de la voix sur IP, voire de la télévision ; chose tout à fait impensable il y a quelques années. Les offres multiservices de type Free ou Neuf Telecom ont ainsi reçu un accueil très important en France.
Il s'agit donc ici de mieux gérer le réseau qui, non seulement, n'est plus cantonné à un seul média, mais par ailleurs autorise plusieurs flux simultanés. Ainsi, l'on obtient une excellente qualité audio à 128 Kbps ; il est alors possible sur une ligne DSL de 1 à 20 Mbps d'autoriser en théorie de 7 à 150 flux. Là où ne pouvait passer qu'une conversation téléphonique (commutation de circuit), la voix sur IP permet en théorie de multiples conversations.
Le grand intérêt de l'IP (associé à la compression) consiste donc à démultiplier le rendement des tuyaux d'acheminement. Avec pour conséquence la baisse du coût de revient d'un appel pour un opérateur... et la chute de la valeur d'échange d'une communication téléphonique qui va aller tendanciellement vers zéro. Car la bande passante requise par l'audio est très faible au regard d'applications fortement consommatrices comme le téléchargement ou la vidéo. Les opérateurs se doivent d'opérer leur révolution copernicienne : se transformer en opérateurs de services et considérer que la voix ne sera plus un centre de profits à terme.
Se profile à l'horizon une seconde menace qui risque de déposséder les opérateurs de télécommunications d'une part importante de leur trafic : les logiciels de télécommunications.
Un logiciel sur ordinateur se charge d'acheminer des télécommunications par l'intermédiaire du réseau Internet. Parce qu'elles entrent dans le cadre de l'abonnement Internet, de telles communications sont quasi-gratuites. Dans un premier temps cantonné à des télécommunications de PC à PC (grâce à un casque), ces offres s'ouvrent : elles autorisent les appels sur téléphone fixe moyennant achat de crédits de communications ; à l'inverse, un usager peut se voir décerner un numéro de téléphone appelable depuis n'importe quel fixe ou mobile ; et il apparaît une nouvelle gamme de téléphones compatibles avec ces logiciels qui affranchissent l'usager de la contrainte du casque.
Le premier opérateur nouvelle donne de ce marché est Skype, lancé en 2003 par les ex-fondateurs de KaZaA, logiciel d'échange poste à poste (peer-to-peer). D'ores et déjà l'éditeur rassemble 95 millions d'usagers dans le monde et 6 millions de personnes connectées simultanément. Rappelons que le marché français ne totalise que 34 millions de lignes fixes ; Skype représenterait donc trois fois la France en usagers. La poursuite d'un trend de croissance très positif laisse augurer que Skype atteindra rapidement une base de 200 millions d'usagers avec un trafic minutes équivalent à celui de la France.
Mais Skype n'est pas seul. Notons la montée en puissance de Wengo, filiale de Neuf Telecom, qui recense aujourd'hui un peu moins de 1 million d'usagers. Et les déclarations des logiciels de messageries instantanées (MSN, Yahoo, AIM) ou de Google qui entendent chasser sur les terres de Skype en développant des services de voix sur IP.
Tout ceci indique donc que la prochaine révolution des télécommunications est logicielle : l'initiative résidera, non chez les gestionnaires d'infrastructures, mais chez des éditeurs logiciels. Ces éditeurs vont capter une part notable du trafic voix aux dépens des opérateurs de télécommunications. Il n'est pas absurde de penser que nous pourrons à terme joindre une société ou un service en cliquant directement sur une icône du site Internet (click-to-dial) sans passer par ses opérations fastidieuses qui consistent à noter un numéro et à le composer manuellement, opérations qui passeront rétrospectivement pour des archaïsmes.
Les éditeurs de télécommunications accéléreront de fait le passage vers un modèle de transmission de la voix gratuite. Et ils redéfiniront le rôle des opérateurs historiques qui risquent de se voir cantonnés à la simple gestion des infrastructures.
La voix sur IP représente une formidable opportunité pour les usagers, mais également une remise en cause radicale des positions acquises dans les télécommunications : jusqu'à présent le service était solidaire du réseau ; l'IP découple les deux aspects ouvrant la voix à de nouveaux acteurs au déploiement très rapide car non indexé sur un support physique.
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