L'opportunité Fastweb
Vers la fibre optique, toute ?
Les annonces se succèdent en faveur du déploiement de la fibre optique. Elles répondent à deux grandes motivations :
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En dépit des progrès réalisés par la technologie DSL, celle-ci rencontre des limites physiques, qui peuvent être repoussées, mais pas éliminées. Les débits sont fonction inverse de la distance au central téléphonique. Et plus les débits sont élevés, plus la contrainte de distance est importante. Le VDSL exige d'être à 300 mètres du répartiteur pour bénéficier des 45 Mbps annoncés. A tel point que la course au (très) haut débit va s'accompagner d'une exclusion croissante des foyers, qui se trouveront progressivement marginalisés car limités dans leur choix de débit.
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Les opérateurs historiques de télécommunications tiennent à reprendre la main sur un marché du haut débit où ils ont été durement malmenés par de nouveaux concurrents bénéficiant de l'accès au réseau téléphonique commuté. La barrière à l'entrée sur le RTC est en effet faible puisque le réseau filaire a été amorti et que les autorité de concurrence stimulent l'arrivée de nouveaux entrants grâce à des obligations de partage du réseau et des tarifs de mise à disposition attractifs. Il n'en serait pas de même pour un déploiement de fibre optique qui nécessiterait des investissements importants (10 à 30 fois plus élevés que l'ADSL). Tablons sur un minimum de 1 500 €/prise en fibre optique contre 150 €/ligne en DSL. Les barrières à l'entrée plus importantes limiteraient de facto une concurrence durement ressentie par les opérateurs historiques.
4 M de Japonais bénéficient d'une offre haut débit en fibre optique au Japon jusqu'à 100 Mbps. En France, Pau Broadband Country a initié un déploiement dans le sud-ouest, et CitéFibre sur Paris ; France Télécom va déployer une offre de 100 Mbps dans 6 arrondissements de Paris et 6 villes des Hauts-de-Seine ; dernièrement Erenis vient d'annoncer la levée de 22,5 M€ pour accélérer son déploiement sur Paris et proche couronne.
Le cas Fastweb en Italie
Illustration 1: Couverture Fastweb
Le groupe Fastweb, fondé en 1999 par Slivio Scaglia, est un opérateur alternatif de télécommunications en Italie spécialisé dans le haut débit. La société offre des services intégrés de télécommunications haut débit sur la base d'une architecture IP sur son propre réseau de fibre optique qui couvre les principales agglomérations du pays : Milan, Rome, Turin, Gênes, Naples, Bologne. L'utilisation d'une technologie IP permet au groupe d'offrir des prestations distinctes à la clientèle privée et d'entreprise.
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La clientèle résidentielle se voit offrir des services de téléphonie, d'Internet, de télévision, et de vidéo à la demande.
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La clientèle d'entreprise bénéficie de services de voix, données, Internet, vidéo-conférence, télétravail, VPN...
Le choix de la fibre optique, oui mais...
Nombre de clients selon les technologies de desserte
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FastWeb |
Q3 2002 |
Q4 2002 |
Q1 2003 |
Q2 2003 |
Q3 2003 |
|
Fibre optique |
76 600 |
99 700 |
115 600 |
127 200 |
141 700 |
|
DSL |
54 900 |
76 400 |
97 400 |
121 800 |
148 500 |
|
Total |
131 500 |
176 100 |
213 000 |
249 000 |
290 200 |
|
. % FO |
58,3% |
56,6% |
54,3% |
51,1% |
48,8% |
|
. % DSL |
41,7% |
43,4% |
45,7% |
48,9% |
51,2% |
Tableau 1: Accès FO-DSLpour Fastweb
Source : Fastweb
L'option technologique retenue par Fastweb est au départ celle du tout fibre optique. L'opérateur disposerait d'un réseau de 11 000 km dont 7 000 km sont de l'accès local dans les grandes métropoles : Milan, Rome, Gènes, Naples, Bologne. Toutefois le coût fibre optique est élevé et la concurrence est importante, notamment de l'opérateur historique Telecom Italia, qui axe son développement sur l'ADSL. Fastweb a donc dû compléter son offre fibre optique par un accès ADSL, dont le développement est bien plus rapide que celui de la fibre, et moins onéreux. Au troisième trimestre 2003, le nombre de clients qui accèdent aux services par l'ADSL est supérieur aux clients joints par la fibre optique.
Aujourd'hui la société dit couvrir environ 8,5 M de foyers en Italie (40% de la population), soit l'équivalent en 6 ans de la couverture du câble en France sur une durée de 20 ans. Ce qui donne une idée du développement à marche forcée imprimé au groupe.

La croissance extensive de Fastweb
|
M€ |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
Tcam |
|
Usagers (milliers) |
5 |
49 |
176 |
331 |
496 |
859 |
180% |
|
Chiffre d'affaires |
42 |
158 |
320 |
529 |
720 |
907 |
85% |
|
EBE |
-40 |
-110 |
-35 |
111 |
219 |
277 |
NA |
|
Rés. d'exploitation |
-74 |
-233 |
-269 |
-205 |
-122 |
-98 |
NA |
|
Rés. Avant Impôts |
-103 |
-136 |
-195 |
-332 |
-124 |
-151 |
NA |
|
CA/usager/mois |
700 € |
269 € |
152 € |
133 € |
121 € |
88 € |
-34% |
Tableau 2: Principaux indicateurs Fastweb
Source : Scholè Marketing d'après données groupe
Fastweb poursuit un croissance fondée sur un couverture rapide du territoire italien, ce au prix d'un endettement élevé. En 2005, Fastweb enregistre près de 900 000 abonnés, dont 85% sont domestiques, et 15% sont professionnels.
Le modèle économique Fastweb s'appuie sur deux leviers :
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15% des abonnés sont professionnels, mais ils représentent près de 60% du chiffre d'affaires total. En d'autres termes, l'infrastructure coûteuse de la fibre optique ne trouve à se rentabiliser que dans des services aux professionnels, en particulier le secteur bancaire, les assurances, et les administrations publiques. L'ARPU d'une PME est de 8 000 €/an, contre 2 000 €/an pour un petit professionnel... et 900 €/an pour un foyer domestique.
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Même aux particuliers, plus de 90% des revenus proviennent de prestations de télécommunications (831 €/an), les services vidéo ne comptant que pour 69 €/an sur l'ensemble de la base abonnés. Et les consommateurs de vidéo génèrent en moyenne 26 €/mois de souscription, soit moins que l'abonnement à des bouquets premium en France.
Conclusion
Au total, le modèle Fastweb de développement en fibre optique ne semble avoir de pertinence que sous deux conditions : la fourniture de services avancés de télécommunications aux entreprises ; des services de télécommunications à des tarifs encore élevés pour les ménages : 69 €/ménage/mois. Avec une situation très concurrentielle comme en France, et des offres triple play à 30 €/mois, il est douteux que l'on puisse aisément rentabiliser 2 500 € la prise.
La question se pose donc de savoir si la fibre optique peut se rentabiliser uniquement sur des services aux ménages en France.
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