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Scholè Marketing

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Lundi 27 février 2006

L'Europe, pour compléter les accès haut débits filaires, ne jure que par le Wimax, Worldwide Interoperability for Microwave Access, technologie qui assure, nous dit-on, des débits élevés (jusqu'à 75 Mbps) sur un large rayon (50 à 70 km).

A ce jour, plus d'une centaine d'expérimentations WiMax sont menées dans le monde. La plupart d'entre elles se déroulent dans des régions à faible pénétration du haut débit : pays en voie de développement et zones rurales, notifiant ainsi que le Wimax est essentiellement vu comme un complément des technologies traditionnelles d'accès haut débit.

L'appel à candidature récent pour des licences régionales Wimax témoigne de l'intérêt porté par cette technologie en France : 35 candidatures pour 22 régions métropolitaines, plus les départements et régions d'outre-mer.

Qu'en est-il de cette technologie ? Est-elle promise à un brillant avenir ? Quels sont les obstacles à son déploiement ?

Le Wimax, une norme mondiale

Le WiMax est un dérivé du Wi-Fi fonctionnant dans une bande de fréquence située entre 2 et 6 Ghz. Contrairement à celui-ci, il permet des débits élevés et une couverture beaucoup plus large : plusieurs kilomètres contre quelques dizaines de mètres. Il se pose ainsi en alternative à l'ADSL ou au GSM dans les régions qui sont mal couvertes. Le Wimax a fait l'objet d'une normalisation mondiale au sein de l'IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), qui prévoit deux normes distinctes :

  • 802.16d : Wimax fixe

  • 802.16e : Wimax mobile

Version fixe 802.16d

Version mobile 802.16e

  • Finalisée le 1/10/2004

  • Débit théorique maximum 75Mbps.

  • Débit réel 12Mbps

  • Portée de 50 à 70 km sans obstacles ; 3 à 10 km en ville

  • Usage fixe haut débit

  • Finalisée le 7/12/2005

  • Débit théorique maximum de 30 Mbps

  • Portée de 2 à 4 km sans obstacle

  • Usage services mobile haut débit


Le Wimax présente l'intérêt de fonctionner sur une large bande de fréquence (2-66 Ghz). Afin de permettre une importante propagation du signal, mais aussi dans un contexte d'harmonisation de l'utilisation des fréquences, il sera utilisé en Europe sur la bande des 3,5 Ghz.

Expérimentations de la version fixe du Wimax en Vals de Saintonge

En France, le Pays des Vals de Saintonge procède à partir de 2005 à une expérimentation de la technologie Wimax. Le Pays des Vals de Saintonge occupe tout le nord-est de la Charente-Maritime : avec près du quart de l'espace départemental pour seulement 9% de la population (53 000 personnes), c'est un territoire à dominante rurale, où l'agriculture est encore très présente, avec un tissu dense de villages et de bourgs, qui s'articulent autour de la ville-centre de Saint-Jean d'Angély. Seule la capitale, St-Jean d'Angély, est raccordée à l'ADSL grâce à France Télécom.

Illustration 1: Pays des Vals de Saintonge




Expérimentation Wimax en Pays des Vals de Saintonge

Objectifs

Expérimenter le Wimax, dans le cadre du programme d'expérimentation Territoire Numérique Expérimental, en vue d'un déploiement à l'ensemble du territoire (53.000 habiutants, 25 % du territoire du département de la Charente-Maritime et 9 % de sa population).
Tester, dans un environnement rural peu dense, les performances réelles de la technologie Wimax encore émergente : portée en ligne de vue et non ligne de vue, options de qualité de services, souplesse de fonctionnement, montée en charge, etc.

Couverture territoriale visée

Deux stations de base et une trentaine de sites de test permanents (entreprises, collectivités et quelques particuliers), répartis autour des deux stations.

Maîtrise d'ouvrage (collectivités)

Pays des Vals de Saintonge

Maîtrise d'oeuvre

Alvarion, TDF, e-Qual, Intel

Budget

Environ 150 000 euros pour l'expérimentation

Date de lancement du projet

Janvier 2002 : appel à projets du Conseil Régional Poitou-Charentes en faveur du développement numérique des territoires.
Juillet 2002 : candidature du Pays des Vals de Saintonge à l'expérimentation.
Janvier 2003 : le Pays est retenu comme pays expérimental pour la Charente-Maritime.
Décembre 2004 : le projet est sélectionné dnas le cadre du 3ème appel à projets "technologies alternatives" de la DATAR
Avril 2005 : démarrage de l'expérimentation

Date prévue de fin des travaux

31 août 2005.
Le déploiement est prévu pour 2006.

Financement

50 % Europe, 25 % Etat-région, 25 % Pays des Vals de Saintonge.
DATAR : 80.000 euros

Modèle économique

Sera défini pendant l'expérimentation.

URL

http://www.valsdesaintonge.org

Tableau 1: Caractéristiques de l'expérimentation Wimax en Pays des Vals de Saintonge

Source : Pays des Vals de Saintonge, Datar d'après Journal du Net

Les résultats issus de l'expérimentation permettent de fournir une première lumière sur les résultats technico-économiques du Wimax.

  1. L'étude a mis en évidence une « fiabilité globale du service ».

  2. Cependant, les tests ont également souligné la complexité à couvrir une zone selon ses caractéristiques. Font obstacles les bois et forêts, le caractère accidentel ou non du terrain, la visibilité, etc. Ceci n'est pas sans rappeler les problèmes de réception que l'on connaît avec les téléphones mobiles.

  3. Les tests font également remarquer que les performances constatées sont « plus limitées que celles annoncées, surtout en portée ». Bien que ce résultat ne soit pas systématique, il ressort de l'étude qu'« il y a couverture de 10 km à 15 km seulement si on est en ligne de vue ». Au delà, la couverture n'est pas toujours assurée. On est donc loin des 50 à 70 km annoncés en milieu rural.

Bien qu'il analyse les performances de la version fixe du Wimax, le rapport d'étude émet plusieurs réserves sur sa compatibilité avec la version mobile du Wimax et les évolutions à apporter sur les infrastructures :

  • Incompatibilité des couches réseaux

  • Changement des stations de base

  • Densité du maillage plus important

  • Le spectre de fréquences proposées n'offre pas de mobilité

Au total, une technologie qui semble remplir ses promesses : une station de base 90° coûte environ 10 000 € (soit 40 000 € pour 360°) et délivre 12 Mbps de débit garanti ; soit un maximum de 200 à 250 utilisateurs pour un service « best effort1 » de 1 Mbps. L'investissement en terme de station apparaît proche de celui de l'ADSL (DSLAM) ; le Wimax peut donc jouer le rôle de technologie de complément. En revanche, les équipements de réception demeurent encore très couteux : 700 € en 2004, 400 € en 2005, 200 € à fin 2006.

L'appel à candidature pour des licences Wimax

L'utilisation des fréquences allouées pour le Wimax nécessite une licence, au même titre que l'UMTS pour les réseaux mobiles.

Dans ce cadre, l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communication Eléctroniques et des Postes) a publié un appel à candidature en août 2005 pour l'attribution de deux licences par région. 35 candidats ont ainsi déposé leur dossier définitif le 1er février 2006, dont 7 opérateurs uniquement pour la Guyane et/ou Mayotte. Avec notamment 6 candidatures sur plus de 18 régions, la multiplicité des prétendants dans la totalité des régions contribue à la rareté des fréquences et nécessite une sélection par le régulateur.

Région

Candidats

Alsace

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, Conseil Régional Alsace, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Aquitaine

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, Conseil Régional Aquitaine, e-Qual, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Auvergne

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Auvergne, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Basse-Normandie

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Nomotech, Société du Haut Débit

Bourgogne

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Bourgogne, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Bretagne

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, Conseil Régional Bretagne, e-Qual, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Centre

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Centre, e-Qual, France Télécom, HDRR Centre Est SAS, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit, Champagne-Ardenne Bolloré Télécom, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Corse

Bolloré Télécom, Collectivité Territoriale de Corse, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Franche-Comté

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Franche-Comté, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Haute-Normandie

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Haute Normandie, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Ile-de-France

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, France Télécom, HDRR Ile de France, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Languedoc-Roussillon

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, Conseil Régional Languedoc Roussillon, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Lorraine

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Lorraine, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Midi-Pyrénées

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, e-Qual, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Nord-Pas-de-Calais

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, France Télécom, HDRRMulti Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Pays-de-la-Loire

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, e-Qual, France Télécom, HDRR Multi Régions,INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Picardie

Bolloré Télécom, Conseil Régional Picardie, France Télécom, HDRR Multi Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Société du Haut Débit

Poitou-Charente

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Conseil Régional Poitou-Charente, e-Qual, France Télécom, HDRR Multi Régions, Maxtel, Société du Haut Débit

Provence-Alpes-Côted'Azur

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, France Télécom, HDRRMulti Régions, INTERGSM.NET, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Rhône-Alpes

Bolloré Télécom, Clearwire France SAS, Comium Services Ltd, Conseil Régional Rhône-Alpes, France Télécom, HDRR Multi Régions, I.M.T.S International Microwaves Telecom Solutions, INTERGSM.NET, Maxtel, Shaktiware, Société du Haut Débit

Guyane

France Télécom, Guyatel, Media Overseas, XTS Telecom

Mayotte

France Télécom, Guet@li Haut Debit, GULFSAT France, Mediaserv SARL, STOI INTERNET, XTS Telecom

Tableau 2: Candidats Wimax par région

Source : Scholè Marketing d'après ARCEP

Aux termes de l'ARCEP :

  • 6 acteurs ont déposé des dossiers de candidature sur plus de 18 régions métropolitaines (dont un a déposé également un dossier pour la Guyane et pour Mayotte) ;

  • 4 acteurs ont déposé des dossiers de candidature sur plus de 5 régions métropolitaines ;

  • 18 acteurs ont déposé un dossier de candidature sur une région métropolitaine ;

  • 7 acteurs ont déposé des dossiers de candidature concernant uniquement la Guyane et/ou Mayotte.

A noter que parmi les acteurs : France Telecom fait acte de candidature partout en France au même titre que Bolloré ; SFR, Neuf-Cegetel et Canal Plus Active se sont regroupés dans un consortium : Société du Haut Débit ; HDRR rassemble TDF, Axione et LD Collectivités (filiale de Neuf-Cegetel) rejoint par la RATP (Naxos) en Ile-de-France ; Maxtel regroupe la Société des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône et Jean-Paul Rivière, ancien propriétaire d'Altitude Telecom ; Clearwire, société américaine spécialisée dans le Wimax s'est associée avec Antalis et les câblo-opérateurs Numéricable / UPC France.

Ces candidatures mettent en évidence le rôle croissant des collectivités locales qui peuvent désormais devenir opérateur grâce à la « loi pour la confiance dans l'économie numérique ». Elles y voient l'opportunité de combler la fracture numérique ; en témoigne leur engagement auprès du gouvernement à couvrir la totalité du territoire en haut débit d'ici fin 2006.

Iliad, maison-mère de Free, détient la seule licence nationale Wimax grâce au rachat de celle-ci auprès d'Altitude Telecom.

Au terme de cet appel à candidature, deux acteurs par région seront choisis pour distribuer du haut débit.

Enjeux et incertitudes du Wimax

D'après la consultation publique de décembre 2004, le Wimax vise un double objectif : « desservir les zones d'ombre non couvertes par l'ADSL » et « favoriser le développement d'offres de services concurrentes aux offres existantes. »

  1. Le premier objectif vise à désenclaver le territoire qui n'a pas d'accès de manière égale au haut débit. En effet, l'ADSL représente la principale solution de haut débit (93% des abonnements fin 2005) et n'offre pas d'accès aux foyers situés à plus de 3,5 km du répartiteur téléphonique. Grâce à sa portée, le Wimax devrait répondre à ce problème de couverture. Toutefois, le Wimax montre des caractéristiques souvent comparables à l'ADSL... qui peuvent en faire le concurrent le plus sérieux. A l'instar de XTS Telecom aux Antilles et à la Réunion, il est possible de distribuer des offres multiplay sur Wimax.


ADSL

WIMAX

Portée

-

+

Coût infrastructure

=

=

Solution triple play

=

=

Equipement d'accès

+

-

Débit

=

=

Tableau 3: Brêve comparaison ADSL - Wimax

Source : Scholè Marketing d'après l'étude expérimentale du Pays Vals de Saintonge

  1. Par ailleurs, sa version mobile fait du Wimax une technologie particulièrement intéressante face aux autres technologies de type 3G. En effet, bien qu'elle suscite des interrogations en terme d'infrastructure, elle pourrait proposer un accès à Internet haut débit en mobilité et constituer un concurrent sérieux à l'UMTS : les possibilités de mobilité sont moindres, mais les débits plus élevés. Rappelons que les licences UMTS ont été acquises par les opérateurs mobiles à plus de 600 millions d'Euros alors que, selon le cabinet Maravedis, « le coût moyen des licences 3G par Hertz est environ mille fois plus élevé que pour le Wimax ». Dès lors, avec un investissement moindre, le Wimax peut proposer du haut débit mobile, mais aussi de la VoIP. De quoi sérieusement inquiéter le modèle économique des opérateurs mobiles.

  2. Dernier point : le Wimax, s'il représente une menace pour l'ADSL ou les réseaux 3G n'est pas sans concurrence : le Wifi. Il est de notoriété que les hotspots Wifi se multiplient (100 000 dans le monde). Qui plus est, il est de plus en plus question de réseaux Wifi de ville : San Francisco, Portland, Paris, mais aussi Londres. Notons enfin l'initiative espagnole FON.COM, dans laquelle Skype et Google ont investi 18 millions de dollars, et qui propose de créer un réseau alternatif en mutualisant les réseaux Wifi (fort nombreux) des utilisateurs2. Sans compter qu'IBM annonce du Wifi à 630 Mbps! Il n'est pas impossible que le développement institutionnel du Wimax soit doublé par la génération spontanée du Wifi.

Conclusion

La technologie Wimax est attractive : avec des coûts comparables à l'ADSL, elle peut permettre de combler une fracture numérique qui n'aura de cesse de s'élargir à mesure de la montée en débits.

Mais elle peut être aussi une opportunité pour de nouveaux acteurs de concurrencer tant les opérateurs DSL que 3G. Dans cas, elle contribuera à accentuer le caractère très concurrentiel du haut débit. Cependant son coût d'opportunité au coeur des villes risque de s'amoindrir avec le développement des réseaux Wifi métropolitains, soient qu'ils soient d'initiative publique, soit privée ou qu'ils mutualisent des réseaux domestiques.

1/ La qualité de service "best effort" est celle qui est fournie traditionnellement par l'Internet : dans chaque section de réseau, elle traite de façon identique tous les flux qui circulent à chaque instant. Les dégradations (ralentissements, pertes) dues aux éventuelles surcharges sont réparties à égalité entre tous ces flux.. Le réseau "fait de son mieux" (best effort) pour tout acheminer le plus efficacement possible, sans s'inquiéter des besoins spécifiques éventuels des divers flux.

2/ 1/5 des abonnés Internet disposent d'un réseau Wifi domestique, soit plus de 2,5 M d'accès !

par Nicolas Amestoy publié dans : Technologie
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